Anne de Clèves : quelle est la cause de sa mort ?

Anne de Clèves meurt le 16 juillet 1557 au manoir de Chelsea, près de Londres, à l'âge de 41 ans. Aucune source d'époque ne nomme précisément sa maladie. On sait seulement qu'elle s'éteint après plusieurs mois de déclin, et la plupart des historiens évoquent aujourd'hui l'hypothèse d'un cancer.

La réponse courte est donc frustrante : la cause exacte de la mort d’Anne de Clèves reste inconnue. Mais les indices laissés par les archives — son testament, sa correspondance, le contexte sanitaire de 1557 — permettent de reconstituer ses dernières semaines avec une bonne précision. C’est ce travail d’enquête que nous vous proposons ici.

Paradoxe de l’Histoire : l’épouse qu’Henri VIII a répudiée le plus vite est aussi celle qui lui a survécu le plus longtemps. Elle est la dernière de ses six femmes à disparaître.

Qui était Anne de Clèves, la « sœur bien-aimée du roi » ?

Née le 22 septembre 1515 à Düsseldorf, Anne est la fille de Jean III, duc de Clèves, et de Marie de Juliers-Berg. Son frère Guillaume dirige un duché rhénan stratégique, hostile à Charles Quint. C’est cette position, bien plus que sa personne, qui intéresse Henri VIII.

En 1539, Thomas Cromwell pousse le roi vers une alliance avec les princes protestants allemands. Holbein peint le portrait de la jeune femme, et le contrat est signé. Le mariage est célébré le 6 janvier 1540 à Greenwich.

Miniature d’Anne de Clèves peinte par Hans Holbein le Jeune en 1539
Miniature d’Anne de Clèves par Hans Holbein le Jeune, 1539, Victoria and Albert Museum, Londres. Wikimedia Commons, domaine public.

L’union est un échec immédiat. Le roi se dit déçu dès leur première rencontre à Rochester et affirme que le mariage n’a jamais été consommé. Il est annulé le 9 juillet 1540, au bout d’environ six mois. Cromwell, l’architecte de l’alliance, est exécuté quelques semaines plus tard.

Anne, elle, accepte l’annulation sans résister. Ce choix lui vaut un règlement très généreux : une rente, plusieurs résidences dont Richmond et Hever Castle, et le titre officieux de « sœur bien-aimée du roi ». Elle reste en Angleterre et devient l’une des femmes les plus riches du royaume.

Les dernières années : une survivante en marge de la cour

Pendant dix-sept ans, Anne mène une vie confortable et discrète. Elle entretient de bons rapports avec Henri VIII, qui l’invite parfois à la cour, et avec ses enfants. À la mort du roi en 1547, sa situation se dégrade : sous Édouard VI, le Conseil réduit ses revenus et lui reprend certaines propriétés.

L’avènement de Marie Tudor en 1553 lui rend un temps sa place. En octobre, elle participe au cortège du couronnement aux côtés de la princesse Élisabeth. Elle adopte aussi la foi catholique de la nouvelle reine.

La rébellion de Wyatt, en 1554, change la donne. Les soupçons visent Élisabeth, et Anne, proche d’elle, est tenue à distance. Elle vit alors surtout à Hever et ne réapparaît presque plus à la cour.

Portrait d’Anne de Clèves par Barthel Bruyn l’Ancien
Anne de Clèves par Barthel Bruyn l’Ancien (XVIe siècle), St John’s College, Oxford. Wikimedia Commons, domaine public.

Au printemps 1557, sa santé décline. Marie Ire l’autorise à s’installer au manoir de Chelsea, l’ancienne demeure de Catherine Parr, plus proche de Londres et de ses médecins. C’est là qu’elle passera ses dernières semaines.

Juillet 1557 : la mort à Chelsea

Le document le plus parlant sur la fin d’Anne de Clèves est son testament, daté du 12 juillet 1557, quatre jours avant sa mort. Elle s’y décrit malade de corps mais saine d’esprit, formule classique qui montre qu’elle se sait condamnée.

Le texte est celui d’une femme lucide et organisée. Elle lègue des bijoux à la reine Marie et à la princesse Élisabeth, pense à ses frère et sœurs restés en Allemagne et détaille des legs pour chacun de ses serviteurs. Elle s’en remet à la reine pour le choix de sa sépulture.

Aucun médecin ni chroniqueur ne décrit précisément ses symptômes. Trois éléments ressortent toutefois des sources :

  • une maladie qui s’installe sur plusieurs mois, depuis le printemps 1557 ;
  • un déménagement vers Chelsea, signe que son état inquiétait déjà son entourage ;
  • une mort attendue, préparée par un testament rédigé en pleine conscience.

Anne de Clèves s’éteint le 16 juillet 1557. Elle a 41 ans.

De quoi est morte Anne de Clèves ? Les hypothèses des historiens

Faute de diagnostic d’époque, les historiens raisonnent par élimination. Voici les pistes discutées, de la plus probable à la moins solide.

L’hypothèse du cancer, la plus souvent retenue

Un déclin progressif sur plusieurs mois, chez une femme de 41 ans jusque-là en bonne santé, évoque une maladie chronique évolutive. Le cancer est la piste privilégiée par la plupart des biographes, dont Elizabeth Norton. Mais il faut être clair : c’est une déduction, pas un fait documenté. Aucune autopsie n’a été pratiquée et aucun texte ne précise l’organe atteint.

L’épidémie de 1557

L’Angleterre traverse alors une grave épidémie de fièvres, souvent identifiée à une forme de grippe, qui fait de nombreuses victimes en 1557-1558. La coïncidence est tentante. Elle s’accorde pourtant mal avec la durée de la maladie d’Anne : ces fièvres tuaient en général en quelques jours ou quelques semaines.

Les pistes à écarter

Le poison, parfois évoqué sur Internet, ne repose sur aucune source. En 1557, Anne ne représente plus aucun enjeu politique : personne n’avait intérêt à sa disparition. Quant à la « suette anglaise », elle ne frappe plus de façon notable après 1551.

En résumé, la cause de la mort d’Anne de Clèves est une maladie de longue durée, probablement un cancer, sans qu’aucune preuve formelle ne permette de trancher.

Des funérailles royales à Westminster

Marie Ire offre à Anne des funérailles dignes d’une reine. Début août 1557, un cortège conduit son cercueil de Chelsea à l’abbaye de Westminster. La messe de requiem est célébrée selon le rite catholique, en présence de l’évêque de Londres Edmund Bonner et de l’abbé John Feckenham.

Anne repose depuis au sud du maître-autel, dans une tombe basse et inachevée, ornée de son monogramme. Détail souvent ignoré : elle est la seule des six épouses d’Henri VIII inhumée à Westminster. La répudiée de 1540 obtient ainsi, dans la mort, la sépulture la plus prestigieuse du royaume.

FAQ : la mort d’Anne de Clèves en questions

Quand est morte Anne de Clèves ?

Le 16 juillet 1557, au manoir de Chelsea, à 41 ans.

Anne de Clèves a-t-elle été exécutée ?

Non. Contrairement à Anne Boleyn et Catherine Howard, elle meurt de maladie, dix ans après Henri VIII.

Anne de Clèves est-elle morte d’un cancer ?

C’est l’hypothèse la plus probable, mais elle n’est pas prouvée. Les sources parlent seulement d’une longue maladie.

Où est enterrée Anne de Clèves ?

À l’abbaye de Westminster, au sud du maître-autel. Elle est la seule épouse d’Henri VIII inhumée à cet endroit.

Quelle épouse d’Henri VIII est morte en dernier ?

Anne de Clèves. Catherine Parr, la sixième épouse, était morte dès 1548.

Conclusion : une mort discrète pour une reine sous-estimée

La cause de la mort d’Anne de Clèves restera sans doute toujours incertaine : une longue maladie, très probablement un cancer, l’emporte à 41 ans. Ce silence des sources dit pourtant beaucoup de sa vie : elle a su se rendre assez discrète pour survivre à Henri VIII, à Édouard VI et aux tensions du règne de Marie.

Longtemps réduite à la « jument des Flandres », surnom inventé bien après sa mort, Anne de Clèves apparaît aujourd’hui comme une femme habile. Elle a accepté l’humiliation de 1540 pour en faire une sécurité à vie. Et c’est elle, l’épouse écartée, qui repose à Westminster.

Pour aller plus loin

  • Elizabeth Norton, Anne of Cleves: Henry VIII’s Discarded Bride, Amberley, 2009.
  • Retha M. Warnicke, The Marrying of Anne of Cleves: Royal Protocol in Early Modern England, Cambridge University Press, 2000.
  • Antonia Fraser, Les Six Femmes d’Henri VIII (The Six Wives of Henry VIII, 1992).
  • Fiche « Anne of Cleves » sur le site officiel de l’abbaye de Westminster.